Oh, un titre long, ça faisait longtemps. Oh, une revue de concert, ça faisait encore plus longtemps.
Après deux fabuleuses Maroquineries en 2006 et en 2008 (dieu que le temps passe vite…) Shearwater a grandi et je les retrouve donc cette année au Nouveau Casino (dieu que je hais cette salle…) Chacun de ces concerts étant synonyme de sortie d’un nouvel album, c’est donc pour la sortie de The Golden Archipelago que Shearwater était en concert ce soir à Paris.
Alors évacuons tout de suite les points qui fâchent. 1. Il semblerait que l’album soit sorti cette semaine en Europe, alors que j’étais persuadée de devoir attendre la semaine prochaine pour l’avoir. Donc je ne l’ai pas encore écouté. 2. Il était en vente à la sortie du concert, mais le temps que j’aille retirer de l’argent, il n’y en avait plus, ça m’apprendra à ne pas avoir de liquide sur moi. Et 3. cette salle de concert étant ce qu’elle est, et l’affluence ayant été plutôt massive, je n’ai rien vu, à part la tête de Jonathan Meiburg qui émergeait de deux crânes de géants chevelus qui se trouvaient devant moi, et mes 5 petits cm de talons n’ont rien pu y changer. Cela dit, pouvoir contempler la tête Jonathan Meiburg pendant une heure, même de loin et à travers des touffes de cheveux, ça a suffi à mon bonheur.
Les années passant, et le charme ne se brisant toujours pas, j’ai fini par arriver à l’unique conclusion possible : cet homme est un ange tombé du ciel. On ne peut pas être humain et avoir une voix aussi parfaite et faire des chansons aussi parfaites sur trois albums consécutifs (et je ne compte même pas les albums précédents et les EP, qui sont tout de même excellents), et on ne peut pas, en plus de ça, être beau, gentil et modeste. Donc Jonathan Meiburg est un ange.
A ceux qui objecteront que la perfection n’existe pas et/ou que JM n’en est pas l’incarnation, je répondrai… Que la perfection en matière de musique est principalement subjective (une fois qu’on a évacué les questions purement techniques) et que, en ce qui me concerne, je n’ai jamais rien entendu d’aussi pur émotionnellement, d’aussi intense musicalement, que des chansons comme Castaways, Mountain Laurel, ou Home Life, ou Hail, Mary… (Pour atteindre ce niveau d’émotion, il faudrait aller chercher dans les plus grands airs de Puccini, mais ça n’a rien à voir donc n’y allons pas.) Ca va au-delà de toute analyse critique ; je ne saurais pas expliquer pourquoi Shearwater me retourne autant les entrailles. Si je devais trouver les mots, écrire une chronique, je serais bien embêtée. Parce que techniquement, sur un plan analytique, c’est juste très bon, voire excellent. Mais il y a ce truc en plus qui me fait chavirer. A chaque fois. Qui fait de Palo Santo l’album que j’ai le plus écouté ces 4 dernières années, sans jamais, absolument jamais me lasser. Ce truc que je peux écrire sur un blog avec des mots de groupie enthousiaste, mais que je ne saurais pas exprimer dans un papier. Alors tant pis, j’assume. Je me suis toujours défendue d’être “fan” de quoi que ce soit, mais s’il y a un groupe dont je dois l’être, c’est celui-ci, et pas un autre.
Le concert était toujours aussi bon, même en étant privée de quasiment tout l’aspect visuel (qui est quand même pas mal important dans un concert, mine de rien). J’ai à peine entrevu la chevelure de Thor le bûcheron magicien, mais je l’ai entendu à la batterie, j’ai deviné sa clarinette (mais nom d’un chien vous pouviez pas baisser cette contrebasse, on n’entendait que ça !!!), j’ai eu des frissons partout quand il s’est mis au vibraphone, pas de doute, il était là. Et Meiburg était là aussi, et bien là. Et en début de tournée, donc vocalement très en forme, et ce n’est pas peu dire. C’est incroyable d’avoir une voix, un timbre, une puissance et des aigus pareils. La voix de Meiburg n’a quasiment pas de vibrato. Elle se pose là, pleine, ronde, et elle tient. Et c’est tout. Et c’est magnifique. Les nouvelles compos sont dans la veine du précédent album. Difficile de juger l’évolution sur une seule écoute en live. C’était beau, tout simplement. Côté vieilleries, tout ce qui vient avant Palo Santo a été définitivement remisé au placard, adieu Mountain Laurel, Whipping Boy, dommage, je les aimais bien moi (comment ça on me demande pas mon avis ?) Palo Santo est réduit à deux titres (La Dame et la Licorne et Seventy-four, Seventy-five, mais pas de Hail, Mary, snif…) mais Rook reste bien représenté avec 5 ou 6 titres (dont un sublime I Was a Cloud qui tutoyait la stratosphère. Allez me dire que Meiburg n’est pas un ange, après ça.) Les instruments ont changé aussi, le set est plus électrique, plus rock qu’il y a quelques années.
Shearwater occupe une place vraiment particulière dans ma discothèque, dans mes goûts musicaux, dans mes souvenirs… C’est sans doute ce qui s’approche le plus de mes idéaux en matière de musique, mais c’est aussi des gens qui humainement m’inspirent une immense sympathie. “Ils ont bien des têtes d’écolos”, ai-je entendu dire sur un ton moqueur à la fin du concert. Ben oui ils font des disques avec des oiseaux sur la pochette et Jonathan Meiburg est ornithologue. Et même qu’ils ont l’air d’avoir du respect pour la planète et que ça ressort dans leur musique, dans leur artwork, dans leurs paroles et dans leur démarche artistique. Dingue, hein ? Et bien moi, toute non-écolo que je suis, je les aime comme ça, et puis c’est tout.

Shearwater – Castaways (extrait du nouvel album The Golden Archipelago)
By shadowing/all the darkened fields/of forgotten words/and civilian lives/through violence/through the changing guards/through the grinding away/and the furious marching/by gathering/the holy light/and weathering/a cast away life/and the rising fear–/The hollowness/of the flags and gods/that are raised in the air/in the wake of their raging-/Your skinny arms/hold a lantern up/on the brightest array/of the stars in their moorings/and summoning/the holy light/on their citadels/the blackening sky/the collapsing sun, the burning wall/that approaches our eyes-/you live again/in the shuddering light/of these images/this valediction:/you are running from a rising tide/you are castaways
(J’ai beau comprendre chaque mot (j’en ai même cherché certains dans le dictionnaire !), les textes de Shearwater restent toujours très obscurs. Mais j’aime bien ces mots, et le sens diffus qui s’en dégage.)
(En relisant cet article, je me rends compte que j’y ai fait à peu près tout ce que je n’aurais surtout pas dû faire si je l’avais écrit pour un webzine, ou un site web ou un média quelconque, et qu’il y manque à peu près tous les éléments vraiment importants. Vive les blogs
)

