Les orages ont balayé la plage, il ne reste plus qu’un pays sauvage…

Je m’excuse d’emblée auprès de mes fans les plus assidus, qui auraient sans doute préféré le billet de geekette que j’avais dans l’idée d’écrire ces deniers jours, mais il faudra attendre un petit peu parce que là tout de suite maintenant, il faut que je vous parle d’Emily Loizeau, c’est impératif et ça ne peut pas attendre.

emily-loizeau-pays-sauvage

C’est sûr, Emily n’a plus besoin du soutien de petits blogs comme le mien, maintenant que tous les grands médias sont à ses pieds (j’exagère à peine). Si je parle de cet album, ce n’est donc pas pour mes lecteurs préférés, ni pour Emily, mais par pur et simple égoïsme. (Ca tombe bien, il paraît que c’est à ça que sert un blog.)

Emily LoizeauSi je parle de cet album, c’est surtout parce qu’il constitue pour moi et mes oreilles une excellente surprise. Le premier album d’Emily Loizeau, bien qu’assez inégal, m’avait déjà beaucoup plu. Mais celui-ci, c’est autre chose. Une autre dimension.

L’univers d’Emily Loizeau, ce sont des paradis perdus ou retrouvés, imaginaires ou à portée de main, des fantaisies bucoliques ou saugrenues, des ballades langoureuses ou des comptines sautillantes, exécutées avec la même grâce et la même désinvolture, qui illuminent le plus innocents des petits bout de chansons.

Mais là où L’autre bout du monde baignait entre mélancolie (I’m leaving you) et fables douces-amères (Jalouse), Pays sauvage irradie littéralement. C’est un festival de rires et de babils d’enfants, de sifflements, de choeurs opulents, de guitares guillerettes, de rythmiques champêtres et ondulantes… Ca nous remplacerait presque le soleil qui semble vouloir se faire définitivement oublier du ciel parisien.

Sauvage, l’adjectif lui va tellement bien. Fais battre ton tambour, sa rythmique chaloupée d’une lourdeur écrasante, son choeur lancinant, son chant tendu à se rompre, a quelque chose de viscéral et de farouche ; Dis-moi que tu ne pleures pas, enregistré à la réunion et chanté en duo avec Danyel Waro, avec sa seconde partie chantée par un choeur créole, renforce encore cette atmosphère tribale, qui donne à ces titres une dimension éminemment physique.

emily-loizeau-02Et puis, il y a l’Emily Loizeau qu’on connaît, ses ballades reconnaissables entre mille, Tell me that you don’t cry, magnifique ballade pop aussi classique que son pendant franchophone est dépaysant, Songes, réminiscence mélancolique du premier album, et puis encore et toujours les comptines loufoques, La dernière pluie, construite de bric et de broc, où l’on s’amuse d’une flûte à  bec fausse (c’est presque un pléonasme ^^) et d’une rythmique à base de claquements de langues, The Princess and The Toad, petite fantaisie rigolote en franglais (en duo avec Thomas Fersen s’il vous plaît), et puis encore La Femme à barbe, impertinente et gigotante en diable… On n’en finit pas de s’étonner, de s’amuser, de sourire et de découvrir.

Emily Loizeau a son son bien à elle. Son chant bien sûr, qui demande à être apprivoisé, sa voix bizarre mais tellement pleine de charme, mais aussi tout ce qui sert d’écrin à la voix, et plus particulièrement le violoncelle (voilà, c’est là que je voulais en venir.) Emily Loizeau a trouvé en la personne d’Olivier Koundouno un violoncelliste hors pair, qui exploite son instrument avec énormément de talent. Et n’hésite pas à en jouer comme d’une guitare : accords en pizz, arpégés ou plaqués… la fonction est celle d’une guitare acoustique, le son est celui d’un violoncelle. C’est tellement plus beau ! (Voir la première partie de Dis-moi que tu ne pleures pas pour une illustration directe et parfaite de ce que je raconte.)

Emily LoizeauChaque chanson mérite une attention particulière, aucune ne reste en retrait, et c’est ce qui fait l’immense différence entre cet album et le précédent. L’album s’écoute avec intérêt d’un bout à l’autre, sans aucun ennui. Et se réécoute avec toujours autant de plaisir. Il se lit aussi, et se regarde, et s’admire, et se caresse : l’édition limitée est un véritable petit bijou, c’est l’illustration parfaite de ce qui fait, selon moi, qu’un album en mp3 (ou même dans n’importe quel format lossless) n’aura jamais le même potentiel affectif qu’un “vrai” album en bonne et due forme. Le packaging est incroyablement classieux, sous forme de petit livre cartonné, et l’artwork basé sur les photos de JB Mondino est tout simplement sublime, et tellement conforme à l’univers sonore de cet album… C’est un véritable ravissement.

Figurent sur les photos tous les musiciens qui ont participé à l’album, notamment les invités, et ils sont nombreux : Moriarty et David-Ivar Herman Dune (la moitié du groupe du même nom) sur tout plein de titres, Jeanne Cherhal et Olivia Ruiz dans les choeurs de La Femme à barbe, et puis tous ceux que j’ai déjà cités…

Solaire, lumineux, idyllique, vivant, vibrant, intègre, sauvage… Apprivoisez cet album, apprivoisez Emily Loizeau et ses bizarreries vocales, elle vous le rendra au centuple. Sous forme de rayons de soleil magiques, qui réchauffent le coeur sans brûler ni l’épiderme ni la rétine.

J’ai épuisé tout mon sac d’adjectifs qualificatifs, alors je vous laisse en compagnie de la petite troupe pour le concert privé donné à France Inter au début du mois.


Concert privé Emily Loizeau
envoyé par franceinter

C’est en voyant et en entendant ce genre de choses que je me dis qu’il y a eu un petit bug quelque part dans ma petite vie, à un moment donné, que je suis passée à côté, juste à côté, à un minuscule poil de l’avenir que j’aurais voulu. Au moment où, alors que tout est encore possible, le moindre choix ferme toutes les issues, sauf une. Et si ce n’est pas la bonne, tant pis, c’est trop tard. C’était bien parti, pourtant, j’avais toutes les clés en mains. Mais non. Manque de motivation, de discernement, de courage, d’indépendance, de confiance, d’acharnement, de motivation, de créativité, de talent ?… Je ne peux pas m’empêcher de me dire que j’aurais été tellement mieux de l’autre côté. Sur la scène. Que j’aurais voulu faire ça. Mais non. Je me contente d’être devant. D’écouter, de critiquer, au lieu de créer ou d’interpréter. De chantonner, pas trop fort, pour ne pas gêner les voisins. De gratouiller les cordes de mon violoncelle quand je peux (c’est à dire pas souvent.) Quand on dit que les critiques sont des frustrés, c’est parfois tellement vrai, au fond…

Allez, va, c’est pas grave, ça sera pour une autre vie.

En attendant, écoutez Emily Loizeau !

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9 commentaires sur “Les orages ont balayé la plage, il ne reste plus qu’un pays sauvage…”

  1. barbara77 dit :

    A l’écoute de ‘Pays sauvage’  je n’avais bredouillé à Emily qu’un très banal. <Je le touve très beau>.
    Il me manquais les mots. Submergé par les impressions. Une ‘marchande de nuage’ (à la sauvette?) les à touvé pour moi.;)

  2. Ventre sur patte dit :

    http://www.festivalbdgrandesecoles.fr/

    Voici un lien qui t’intéressera peut-être. C’est ce WE à l’ENS Ulm et c’est 3 euros l’entrée. Un ami m’a envoyé un mail pour y aller mais j’ai autre chose à faire ce WE.
    Je n’sais pas si ça vaut l’coup mais jette un oeil sur le site, on n’sait jamais.

    Zoubiiiiiiiis !!!

  3. Ventre sur patte(s) dit :

    C’est con, il ne me reste plus qu’une patte pour ce vendredi ! :p

  4. Danorah dit :

    Barbara : merci :)

    Jack : ton premier commentaire s’était mis en modération a priori à cause du lien que tu avais mis dedans (enfin je pense), c’est pour ça que tu ne le voyais pas ;) Merci pour l’info, même si t’es complètement hors sujet : on parle de musique ici ! :p <Message perso> il faut que je pense à t’appeler dans la journée ^^</message perso>

  5. Little Romain dit :

    lol Que dire… Très belle critique de ce merveilleux et carnavalesque album d’Emily Loizeau… je n’aurais que très peu de choses à dire, si ce n’est que tu décris cet album parfaitement bien… En lisant ceci, tu nous dévoile cet album comme il l’est réellement (selon moi)… Félicitations et merci, tu as fais battre mon tambour ! ;)

  6. Ventre sur pattes dit :

    Pour faire plaisir à ma Jeannou, je vais quand même écrire un commentaire en rapport avec ton article : je vais écouter Emily Loizeau pour entendre si c’est aussi bien que tu l’dis ! ^^
    Cela fait rudement plaisir d’être à nouveau gratifiée de longs articles à croquer ! Je me demande ce qui a bien pu t’accaparer à ce point entre-temps… lol

  7. Zotri dit :

    L’est bien ta chronique, mais je me serais bien passé du dernier paragraphe (je suppose que toi aussi). J’me demande quel âge t’as pour avoir un discours aussi défaitiste.
    Trois choses l’une : soit en vrai tu ne le regrette pas tant que ça, soit t’aime pas la vie… soit tu mens !
    Je suppose qu’un abruti de plus qui te dit qu’il n’est jamais trop tard ne changera rien (surtout un abruti qui te connais pas), mais c’est plus fort que moi, j’aime pas les gens tristes !

  8. Danorah dit :

    J’aime pas la vie, ça doit être ça ;)

    J’avais écrit ce paragraphe sans trop réfléchir, en me disant que les gens qui me connaissent et savent de quoi je parle comprendraient, et que les autres n’y prêteraient pas attention. Visiblement je me suis trompée :)

    Je faisais juste référence à un choix que j’ai fait à un moment donné, qui a eu pas mal d’influence sur la suite, qui a fait que je ne suis pas là où je voudrais, et que je regrette, et que je ne referais pas si on me donnait l’occasion de recommencer à partir de zéro. Je n’ai pas vraiment envie d’étaler plus en détail mes petits soucis personnels ici, ce blog n’est pas fait pour ça, et d’ailleurs si c’était à refaire je ne reposterais pas ce paragraphe larmoyant ^^ Mais bon, on a tous nos petits moments de découragement !

    Merci pour le compliment et le commentaire en tout cas :) (et merci aussi à Little Romain !)

    (et même à ventresurpattes, si elle se décide à écouter cet album :p)

  9. Loutre Cuidance dit :

    ^^* Couiiiiiiiiiic !

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:p grrr ;) :o lol :) :D :( :x ^^* pirate zzz
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