Il n’existe que des contes de fées sanglants…

… Tout conte de fées est issu des profondeurs du sang et de la peur.
Franz Kafka, cité en introduction du tome 1 d’Eco.

J’essaie de remettre en route ma plume rouillée avec le nouvel album paru dans la collection Métamophose chez Soleil. Il s’agit du premier tome de la série Eco, intitulé La Malédiction des Shacklebott.

Après Billy Brouillard et la mort, voici Eco et… la puberté. Normalement, les enfants des contes, ça ne vieillit pas. Qui irait imaginer Lewis Carroll raconter les premières règles d’Alice, ou Charles Perrault faire grandir son Petit Poucet ? C’est tout simplement contre nature. Guillaume Bianco prend le contrepied de cette règle sacrée et inflige à sa pauvre petite héroïne, Eco, l’épreuve de l’adolescence. Un livre à ne mettre entre les mains des plus jeunes qu’avec précaution.

Eco n’est pas un conte de fées : de l’épaisse couche de magie et d’imaginaire sous lesquelles elles sont enfouies, jaillissent des péripéties d’une étonnante trivialité, qu’on n’a pas franchement l’habitude de croiser dans ce genre d’albums à l’esthétique très éloignée de la réalité. Le contraste est d’autant plus saisissant qu’il n’apparaît clairement qu’en fin d’ouvrage, alors que tout commence de manière très classique. Par contre, la cruauté des personnages et des situations a tôt fait de contrebalancer les dessins ultra mignons de Jérémie Almanza. Ce dernier présente d’ailleurs un formidable aptitude à placer ses personnages dans des décors surprenants, aux perspectives distordues et exacerbées. La lumière est superbement distillée dans le sombre chaos du monde d’Eco. Et pour couronner le tout, la mise en page, plus proche du livre d’images que de la bande dessinée, donne un relief tout particulier au texte de Guillaume Bianco.

Eco

L’auteur se plaît à explorer les étapes de la vie par les biais les plus détournés, ceux de l’étrange et de l’imaginaire. Conte traditionnel revisité (cf les citations qui précèdent chaque chapitre) qui prend des chemins de traverse pour se terminer en énorme point d’interrogation, Eco a quelque chose d’envoûtant, de glacial et d’attendrissant à la fois. Il fait partie de ces ouvrages qu’on ne saurait vraiment classer, et qui finalement trouvent leur public chez les adultes pas encore tout à fait fermés aux univers enfantins… En attendant, bien malin celui qui saura deviner quelle direction va prendre cette drôle de petite histoire dans le prochain tome…

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