Comme dirait l’autre, “n’est pas mort ce qui à jamais dort”, etc, etc. (Non je n’ai pas lu Lovecraft, oui j’étale une culture qui n’est même pas la mienne, non je n’ai pas honte.) Ce blog ne l’est donc pas (mort), il est juste en hibernation. En attente du rayon de soleil qui percera définitivement cette grisaille ambiante (et déprimante, et tenace, en plus de ça). Et puis sa propriétaire tient à s’excuser platement, mais il y a des moments qui sont propices à l’écriture, et d’autres pas. Elle tient aussi à préciser que l’écriture s’apparente à une certaine forme de régurgitation, et qu’à force de régurgiter sans prendre le temps de rien ingurgiter, on finit, exsangue, par cracher de la bile. Noire. Acre. Froide. Sans substance. Et donc, sans intérêt. Pour le bien de tous et de chacun, décision a donc été prise de mettre entre parenthèses cette activité cérébralement éviscérante, au profit de quelques {jours ? semaines ? mois ?} de réapprovisionnement des stocks. Stocks d’idées, d’opinions, d’envies, d’expériences, tout ça tout ça. Pour avoir de nouveau des choses à dire, sans avoir l’impression de se presser les méninges comme un vieux citron desséché.
A part ça, donc, avant de poursuivre cette petite période de retraite (spirituelle ?), j’avais envie de vous entretenir de choses aussi pasionnantes et diverses que : pourquoi je ne mettrai pas de tailleur (et surtout pas vendredi prochain), pourquoi je ne m’inscrirai pas sur Facebook, ou encore pourquoi la gestion du travail en équipe constituera à jamais pour moi une épreuve insurmontable. Des questions diverses, disais-je. Mais le point commun saute aux yeux, non ? I-na-dap-table. Voilà. Je ne mettrai pas de tailleur vendredi prochain, parce que tout le monde en mettra un. Je ne m’inscrirai pas sur Facebook, parce que tout le monde l’est déjà. J’éprouve toutes les difficultés du monde à travailler en équipe, parce que je suis incapable de suivre le mouvement, d’adopter un autre cheminement intellectuel que le mien propre (qui n’est jamais le même que celui des autres, évidemment).
Je pourrais dire que je ne mettrai pas de tailleur, parce que je refuse un système où, pour que le fond soit entendu, il faudrait que les apparences soient conformes (mais c’est comme ça partout, non ?). Un système où l’intelligence et l’esprit sont glorifiés (soyez inventifs ! proposez-nous des projets qui décoiffent ! vous êtes les entrepreneurs de demain !), mais faudrait veiller à pas trop s’écarter des clous en matière de tenue vestimentaire s’il vous plait m’sieursdames. C’est vrai quoi, ayons le sens des priorités. Je pourrais aussi dire que je le refuse, ce système (ou plutôt, conduite beaucoup moins honorable et beaucoup plus lâche : je m’y plie, comme je peux, à reculons, en inondant copieusement mon entourage de mauvaise humeur et de récriminations) pour l’idéologie qu’il véhicule, pour cette “saine” compétition qu’il s’évertue à nous imposer, pour cette image du parfait ingénieur/manager que cristallise leur challenge idiot : “Créez une entreprise en une semaine ! Vous allez souffrir, vous allez avoir la pression, vous n’aurez pas le temps de dormir, vous aurez des points de bonus si vous venez travailler le week-end !” Le tout dans l’enthousiasme général qui précède les grandes batailles, on s’attendrait presque à voir s’élever les épées nues et les poings fermés. Et tout ça pour quoi ? Pour la gloire ? Pour les quelques centaines d’euros qui attendent les équipes gagnantes ? Pour avoir appris à façonner à la va-vite un dossier bidon pour monter un projet qui de toute façon ne nous pasionne pas ? (Puisqu’il ne part pas d’une envie réelle, mais d’une obligation, d’un exercice on ne peut plus artificiel…) C’est ça, être ingénieur ? Travailler sous la pression, sacrifier ses week-ends, bâcler des dossiers inintéressants pour les rendre à temps, tout ça dans la seule perspective de gagner un peu plus d’argent que le voisin ? (L’épanouissement personnel, la culture, l’ouverture d’esprit, la vie de famille, les amis, tout ça, ça vient après, j’imagine ?)
Je pourrais aussi dire que je refuse de m’inscrire sur Facebook, parce que ce site est le summum de la superficialité. Parce qu’il ne sert qu’à deux choses : faire l’étalage de ses connaissances (de ses “amis”, oui, mais combien dans le tas sont réellement des amis ? depuis quand suffit-il de deux clics pour être amis ?) et faire étalage de son existence. Facebook, finalement, c’est un peu ça, non ? C’est crier à la face des autres, et plus fort que les autres si possible : “regardez, j’existe, j’ai une vie, je l’étale, j’ai des amis, je les montre !” oui, et après ? Quoi d’autre ? Une fois tari l’épanchement égocentrique, que reste-t-il ? Même pas un billet de blog (comme celui-ci, qui joue parfaitement le rôle d’épancheur d’ego), juste quelques réponses à des jeux idiots (”répondez à des questions sur vos amis !”, “quel héros de film êtes-vous ?”), quelques “Machintruc déprime aujourd’hui” (à 13h54), “Machintruc a faim” (à 13h57), “Machintruc va au cinéma” (14h28), “Machin truc le ciné c’était trop bien !” (à 17h43) aussi éphémères que fièrement arborés en haut de d’un profil. La belle affaire.
Je pourrais dire tout ça, et bien plus encore. Mais bon. Si ce n’était pas de la mauvaise foi, ça serait peut-être quand même un noircissement volontaire de tableau. La vérité relève plutôt d’une incompatibilité profonde et revendiquée. Dans un monde noir, je rêve de blanc. Dans un monde blanc, je broie du noir. Quand tout le monde va à droite, il faut que j’aille à gauche. Mais si tout le monde me suit à gauche, j’irai à droite. L’autocontradiction, même pas peur. Plutôt m’autocontredire que me fondre dans la masse. Plutôt me perdre moi-même que de suivre les autres. Mon chemin, je le construis dans l’opposition. Ou la symbiose. Pas de demi-mesure. Jamais. La tiédeur m’ennuie, le consensus m’effraie, l’hypocrisie m’exaspère.
Je ne prétends pas avoir raison, et encore moins avoir trouvé la clef du bonheur (ah ah, la bonne blague). Je ne prétends même pas respecter à la lettre les belles convictions que je viens d’exposer, parce qu’en tant qu’individu plus ou moins civilisé, j’ai vaguement appris à me forcer à faire ce qui me déplaît. Et à faire taire ces vilaines petites voix belliqueuses dans ma tête qui ne proposent que des solutions radicales qui n’en sont pas (qui n’en sont plus, depuis que j’ai passé l’âge d’y croire.) Enfantadoadulte. Eternelle, attardée, en avance. Jamais comme il faudrait. Inadaptée, quoi.
Voilà, c’était l’ultime régurgitation avant réhydratation. Un long flot de bile noire concentrée. Je vous avais prévenus que c’était pas forcément très joli à voir. D’ailleurs je ne me relis même pas, et je vous conseille d’oublier très vite ce que vous venez de lire si vous l’avez lu.
Promis, le prochain billet je vous le fais à base de petites fleurs et de coeurs roses. D’ici là, portez-vous bien.


Pour Facebook, je te renvoie à “Virtuel mon amour” et à la notion d’extimité (par opposition à l’intimité) qui y est développée. Peut être que ça te fera un peu changer d’avis sur ce monstre de superficialité qu’est facebook (encore que j’en doute, mais les propos du mec sont d’une intelligence rare, donc ça vaut le coup d’étudier sa thèse)
Et pour ce qui est des tenues vestimentaires, il y sans doute une double raison à la necessité de venir au travail en costume/tailleur. En mettant des vêtements formels pour ton travail, tu peux le séparer très distinctement de ta vie: en arrivant chez toi, tu les enlèves et le travail c’est terminé. C’est sans doute une necessité pour nous dans la mesure où le travail n’étant plus manuel mais intellectuel, il continue en permanence à nous trotter dans la tête (alors que quand on a fini de castrer des moutons, ben on a fini, on pense pas à ce qu’on aurait pu mieux faire une fois rentré chez soi. L’exemple n’est pas pris au hasard: http://www.ted.com/index.php/talks/mike_rowe_celebrates_dirty_jobs.html ) Le tailleur/costume, c’est le bleu de travail du col blanc. D’ailleurs tu pourras remarquer que les gens qui peuvent venir habillés de manière informelle au boulot qui sont le plus impliqués dans leur travail et qui en sortent le plus difficilement possible (le no-dress-code a été un des éléments clefs de la bulle internet notemment).
Je continuerai volontier encore un peu, mais je dois me sauver (le devoir m’appelle). Bon courage pour ton projet !
Qu’est-ce qu’on ferait sans toi et ta rationalité à toute épreuve, mon petit Jérémy
Virtuel mon amour, jamais entendu parler, je vais me renseigner. Mais bon c’est clair que j’ai noirci le tableau exprès. Juste pour ne pas être d’accord avec le reste du monde.
Concernant la tenue vestimentaire, je ne nie pas que porter un costume ou un tailleur à son travail puisse revêtir (ah ah) des aspects positifs pour certaines personnes. Mais je ne comprends pas pourquoi il faudrait que ce soit une obligation pour tous (dans certains milieux), pourquoi on serait mal vu si on ne s’y plie pas. Tu sais bien que j’accorde une importance démesurée à mes fringues, j’aime bien me dire (comme tout plein de gens j’imagine) qu’elles sont le reflet de ma personnalité. M’habiller en tailleur, ça serait 1. renier ma personnalité, et 2. me couler de force dans un moule, qui de surcroît ne me correspond pas (mais j’ai encore le temps de vieillir et de changer d’avis là-dessus ^^)
Pour en revenir au cas particulier de vendredi prochain, je trouve ça d’autant plus idiot qu’il ne s’agit de rien de plus que d’un exercice d’école, donc il n’est pas question de se servir du costume/tailleur pour marquer une rupture entre vie privée et vie professionnelle. D’autant plus qu’on nous aura exhortés, toute la semaine, à bosser 24/24 sur ce projet, alors pour la distinction vie privée / vie professionnelle, on repassera…
A part ça, j’ai pas bien compris où tu voulais en venir dans ta dernière phrase (sur la bulle Internet)
Ah oué et j’ai regardé la vidéo des TED. Miam l’épisode des moutons.
Dans le contexte actuel, je retiendrai ceci : “I would suggest that innovation without imitation is a complete waste of time.” Et paf.
Dans le contexte actuel, je retiendrai ceci : “I would suggest that innovation without imitation is a complete waste of time.” Et paf.
Et là je ne peux qu’approuver. Mais bon, après avoir vu des tonnes de vidéos de conférenciers designers, j’ai l’impression que les avis sont partagés sur ce sujet. Mais quand même, j’aime bien l’idée que l’imitation est absolument nécessaire. Ca rend le processus de créativité plus humain et plus accessible à tous.
A propos de ma dernière phrase, je voulais juste dire qu’une des caractéristique des start-up était le rejet du dress code du travail. Je me rappelle des titres sur les “PDG en baskets” et autres barbus en short. Or ces même start-up encourageaient très fortement un très fort investissement personnel: salaires parfois très bas pour une masse de travail démente avec comme carotte l’intéressement sur la réussite de l’entreprise, entreprise qui ne peut que réussir puisqu’on est jeunes, motivés, qu’on bosse comme des malades et qu’on se fout des conventions (la preuve, on vient en basket au boulot). Et au final, les gens qui s’en sont sortis sont bien souvent ceux qui, eux, respectaient les conventions classiques du travail (en travaillant quand même comme des fous, j’en convient). L’argument est un peu faible, mais je voulais juste illustrer mes propos sur les tenues réglementaires (puisque c’est comme ça que tu la perçoit) .
Quant à ton travail forcé pendant la semaine, il ne faut pas non plus chercher dans ma toute petite tentative d’intellectualisation des tenues formelles une règle générale à laquelle tout le monde se plie.
Ouais pas de tailleur! Tous à poil!