n.m. monstre (du lat. monstrum, phénomène singulier, fait prodigieux)
1. Être vivant contrefait, difforme.
2. Être fantastique de la mythologie, des légendes.
3. Animal, objet effrayant par sa taille, son aspect.
4. Personne d’une laideur repoussante.
5. Personne qui suscite l’horreur par sa cruauté, sa perversité.
Les monstres font peur. Et pourtant, qui ne les aime pas ? Toujours il a été question de s’en débarrasser, de les exterminer, de les laisser de côté. Et pourtant, même les plus imaginaires d’entre eux (ceux-là même plus que les autres) continuent d’occuper une place de choix dans nos esprits. On les couve, nos monstres. On les bichonne, on les enlaidit tant qu’on peut, on les fait de plus en plus vrais, on les invite au plus près de nos vies quotidiennes (merci le cinéma, les effets spéciaux et la 3D). Parce qu’on aime se faire peur, et parce qu’on aime se sentir non-monstre. Non-différent. Non-exclu, non-pourchassé.

Agostino Carracci - Arrigo le velu, Pietro le bouffon et Amon le Nain (1598-1600)
Alors quoi de plus naturel que d’en avoir fait, très tôt, les sujets parfaits de milliers d’œuvres d’art ? Le monstre impressionne : en déco sur un navire de guerre, ça en jette. Le monstre fait peur : en illustration d’un texte religieux, ça marque les esprits. Le monstre peut aussi bien se trouver dans la réalité la plus crue (un être humain difforme) que dans le plus pur imaginaire (chimères et autres créatures mythologiques). Le monstre fascine, attire le regard et le retient. On se délecte de sa difformité, de sa bizarrerie.

Jacques Callot - Les Gobbi - Le joueur de violon (1616)
C’est pour toutes ces raisons que l’exposition Beautés monstres (curiosités, prodiges et phénomènes), au Musée des Beaux Arts de Nancy, s’imposait comme une évidence. Et qu’elle est retombée comme un soufflé, pour avoir manqué de souffle. Trop de dessins et de petits formats, pas assez de grandes peintures impressionnantes. Le XVIe siècle sur-représenté (on peut le comprendre, c’était l’âge d’or des monstres, avec les multiples représentations de l’Enfer ou de la tentation de Saint-Antoine, mais quand même). Ironie du sort : dans les collections permanentes, on trouve un magnifique et gigantesque tableau d’un chevalier terrassant un dragon, qui n’aurait pas dénoté dans l’exposition temporaire. Malheureusement, l’expo temporaire, elle, piétine.
A voir, quand même, parce que les monstres, c’est toujours passionnant.

The Mysterious Geographic Explorations of Jasper Morello (Anthony Lucas, 2005)
A voir, aussi, et surtout : The Mysterious Geographic Explorations of Jasper Morello. Où il est aussi question de monstres (aux sens 3 et 5 de la définition ci-dessus, et de monstres d’acier aussi). Où il est question d’amour, de barbarie, de science, de déchéance. Où l’ambivalence de la relation qui nous lie aux monstres (attirance / répulsion, dépendance / agression…) trouve une superbe illustration. Le scénario n’apporte pas grand chose de nouveau, mais c’est monstrueusement beau. Et monstrueusement émouvant.
A voir, absolument.
PS : je suis loin d’avoir fait le tour du sujet, mais j’aimerais y revenir de manière plus approfondie dans un prochain article, quand j’aurai plus de temps.
PPS : j’aurais pu (dû ?) parler de Max et les Maximonstres, dont tout le monde dit tellement de bien, mais à ma grande honte, je n’ai ni lu le livre, ni vu le film. Je me vois donc contrainte de garder le silence sur ce sujet.


Il m’aura fallu du temps, mais je l’ai retrouvé ! Le court métrage dont je te parlais, c’est le journal de Tortov Roddle ! J’avais fait une critique sur krinein : http://www.krinein.com/manga/journal-tortov-roddle-3550.html (et oui, elle est terriblement mal écrite).
Le lien donné dans la critique ne marche plus, mais on peut encore voir le film sur d’autres sites comme par exemple http://www.viddler.com/explore/Ms_Valerie/videos/380/
Merci, ça a l’air chouette !
Je vais tenter de regarder ça au plus vite
Je viens de regarder The Mysterious Geographic Explorations of Jasper Morello et j’ai vachement aimé. On sent venir le personnage du méchant scientifique à des lieues à la ronde, mais c’est vraiment superbe comme film.